Crédit, actions, émergents, agriculture : qu’en penser ?

Hier s’est tenue à Genève la 2e conférence organisée par Appletree Asset Management, qui rassemblait un panel d’experts couvrant les principales classes d’actifs.

Crédit

Matthew James, Chief Strategist et responsable de la recherche auprès de CQS a présenté les opportunités qu’il a identifiées sur les marchés du crédit européen et américain. De son point de vue, le segment le plus intéressant aujourd’hui est celui des loans en Europe. Sachant que les senior secured loans représentent l’instrument le plus sûr au sein de la structure du capital d’une entreprise, il est aberrant que ces instruments se traitent au même niveau que la dette high yield, qui représente, elle, la tranche la plus risquée de la structure capitalistique.   Même si M. James est positif sur le crédit américain et sur le crédit européen, sa préférence penche actuellement pour l’Europe, même si l’on exclut le secteur de l’énergie aux Etats-Unis.   Au niveau du marché US, une étude a démontré que, historiquement dans un contexte de hausse des taux, on assiste à un sell off sur le marché obligataire jusqu’à la première hausse de taux mais qu’ensuite la situation se stabilise. La raison en est que les hausses de taux interviennent dans un contexte de croissance économique et que celle-ci est positive pour les société émettrices de dette high yield. Dès lors le pronostic de M. James d’une hausse de taux encore par la Fed en 2016 ne devrait pas avoir d’impact négatif sur le marché obligataire qui devrait bénéficier, à son avis, d’un environnement plus favorable que le marché des actions dans les 18 prochains mois.

Actions

David Thompson, CEO de Sealight Capital a ensuite partagé ses vues sur les marchés d’actions et son scepticisme est grand vis-à-vis des politiques de QE car vouloir combattre un problème d’endettement en créant plus d’endettement n’est clairement pas une solution raisonnable à ses yeux. Néanmoins, dans un tel contexte, des dislocations de marché offriront des opportunités.   Aux Etats-Unis, le marché des actions est en fin de cycle et fully priced. Les indicateurs techniques sont en déclin, la croissance est insuffisante et le volume de la dette non bancaire est à son maximum depuis 30 ans. Les prix ont été soutenus par le niveau très élevé de rachats d’actions.   En Europe, le QE fonctionne moins bien qu’aux US à cause des taux négatifs. Les principaux risques en 2016 seront de nature politique avec le Brexit, les différentes élections et la crise des migrants. En termes relatifs, la France pourrait néanmoins tirer son épingle du jeu.   Le Japon continue de faire face à de gros problèmes démographiques et la force du Yen reste un problème. Quant à la Chine, la situation est apparemment moins pire qu’attendu mais le manque de visibilité incite à la prudence.   Pour le reste, l’activité de fusions et acquisitions restera soutenue dans des secteurs comme la chimie ou le luxe (le titre Tod’s se traite actuellement avec une forte décote, ce qui en fait une cible de choix). Le secteur pharmaceutique qui a été massacré offre également de belles opportunités comme le titre Glaxo.

Emergents  

Carl Tohme, portfolio manager auprès de Jabre Capital Partners a ensuite fait un point sur les marchés émergents, ces mal aimés qui pourraient avoir amorcé leur grand retour (voir notre dernier Top 20 des fonds en CHF). Preuve du désamour des investisseurs, la capitalisation boursière d’Apple ou d’Alphabet est aujourd’hui supérieure à celle du Brésil, de la Russie ou de la Turquie.   Le fait est que le dollar fort combiné au prix du pétrole tombé très bas ne sont pas des éléments positifs pour les actions des marchés émergents. Cependant, la baisse de capex entamée au niveau du secteur pétrolier amènera automatiquement une baisse de production qui, à son tour, fera remonter les prix du pétrole qui ont peut-être connu leur plus bas.   M. Tohme insiste sur le fait que dans le contexte actuel, il ne faut pas mettre tous les pays dans le même sac, chacun ayant ses spécificités. En effet, sur quelle base pourrait-on comparer la Corée du Sud aux Emirats Arabes Unis ? Les risques doivent être évalués localement.   La grande question – qui dépasse même le cercle des marchés émergents – reste de savoir si l’on assistera à un soft ou un hard landing de la Chine. Le pays connait un excès de capacité mais l’on n’a pas encore assisté à un effondrement. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que si le scénario du hard landing devait se matérialiser, les dégâts dépasseraient de très loin les seules frontières du marché chinois. Reste à savoir si l’on veut faire confiance aux chiffres chinois ou pas. Par rapport à ce point, M. Thome préfère de loin le marché indien qui offre une transparence bien supérieure.   Finalement, la Russie représente un value play. Le marché n’est pas cher et si les sanctions sont levées et que le prix du pétrole remonte, on doit s’attendre à un gros rallye.

Agriculture  

Dernier intervenant de la conférence Appletree, Joshua Dadd, responsable de la recherche chez Edesia AM (Louis Dreyfus Group) a fait le point sur les matières premières agricoles. Les arguments en faveur du secteur sont nombreux et permettent de construire un scénario positif. En premier, on retrouve la croissance démographique qui est fortement corrélée depuis plus de 50 ans à la demande pour le blé et le maïs.   On peut y ajouter l’augmentation des revenus et le changement de régime alimentaire dans les pays émergents. Ceci est lié à l’urbanisation croissante qui expose également ces populations à un marketing omniprésent en milieu urbain. Un marketing qui promeut une image de luxe à l’occidentale, favorisant par exemple la consommation de café sucré par rapport au traditionnel thé non sucré consommé dans ces régions.   Les « risques » identifiés ont également un impact haussier sur les prix : concentration de l’offre sur un petit nombre de pays, besoin en infrastructures, manque d’eau, terres arables disponibles uniquement dans des zones à risque politique élevé, ou encore un possible retour de la volatilité au niveau météorologique.

Publié par Investir-funds.ch

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